Discours de Jean-Jacques Aillagon

Frédéric Fougerat et Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre culture et communication

 

Monsieur le président, merci pour la cordialité de votre accueil. Je dois vous dire que je suis très heureux de vous retrouver, mesdames et messieurs, dans cette grande maison, dans cette grande entreprise française que vous dirigez avec, chacun le sait, beaucoup de talent.

Permettez-moi aussi, à l’avance, de vous féliciter, en tout cas de vous encourager. Que mes vœux vous accompagnent pour votre prochaine destination. Je sais que la maison que vous dirigerez bientôt a de la chance, autant que celle-ci en a eu tout au long du temps de votre responsabilité.

Mais monsieur le président, vous le savez, nous sommes réunis ce soir pour célébrer Frédéric, qui est ici directeur de la communication, et par ailleurs vice-président de la fondation Altran pour l’innovation, et qui, malgré la lourdeur de ses missions, trouve encore le temps d’enseigner, notamment, à l’Institut des médias de Paris.

Chacun d’entre nous l’a observé, vous êtes, Frédéric, vous êtes, monsieur le président, liés par une désormais longue collaboration qui a commencé je crois au début des années 2000. Cette longue collaboration vous a conduits dans diverses sociétés : chez Vedior France, chez Geoservices, et maintenant chez Altran. Une seule interruption à cette longue fidélité, une interruption de dix mois seulement, montre bien que vous aviez l’un et l’autre hâte de vous retrouver. Ces dix mois, c’est quand Frédéric a fait le choix de diriger la communication du groupe pharmaceutique Ethypharm, en qualité de vice-président.

Discours de Jean-Jacques Aillagon - Remise ONM à Frederic Fougerat

Cher Frédéric Fougerat, j’en reviens à vous, puisque vous êtes le héros de cette soirée. Vous êtes un enfant des années 60. (Rires dans l’assistance) Je donne parfois une interprétation extensive aux années 60, parce que je les appelle les belles années 60. Ce sont des années qui ont été des années formidables et toniques. Elles ont débordé sur les années 70, et ont parfois même été un peu anticipées à la fin des années 50. Je vous livre donc une chronologie extrêmement vaste.

Ces années ont donc été des années toniques. Elles ont été toniques pour le monde et pour notre pays. Ce sont en grande partie les années Pompidou, donc des années d’enthousiasme et d’optimisme. De ces années-là, vous avez recueilli les qualités les plus positives. Ces qualités ont marqué de façon décisive votre vie personnelle et votre vie professionnelle. Quand on examine le cours de votre carrière, le cours de votre existence également, on se rend compte que parmi ces qualités, vous avez plus particulièrement été attaché aux qualités de solidarité, d’engagement, d’exigence et à l’esprit de conquête. Je vais détailler ces différentes qualités, et je commencerai naturellement par la solidarité.

Votre sens de la solidarité, Frédéric, est un refus de l’indifférence qui est à la fois éthique, social et politique. Une des pires choses qui puisse frapper un homme ou la société, c’est l’indifférence. Sans cesse, vous avez fait le choix de prendre le parti de ceux de nos semblables frappés par des difficultés ou accablés de divers maux. C’est notamment pour cette raison que vous avez, de façon extrêmement précoce, participé à la création d’une association de lutte contre le sida et que vous avez donné toutes vos forces au développement de l’activité de cette association.

Chacun le sait également, cette qualité de solidarité, vous la marquez dans votre vie personnelle et dans votre vie professionnelle. Vous êtes fidèle en amitié, fidèle au travail, fidèle, monsieur le président, à l’égard de votre patron, mais également fidèle, ce qui est extrêmement important à mes yeux, à vos équipes. Ce sens de la solidarité humaine et professionnelle vous aura inspiré de nombreux engagements.

J’en viens à la deuxième qualité, cette disponibilité à l’égard de l’engagement. Je ne citerai que quelques-unes de ces décisions d’engagement. Vous vous êtes engagé, de façon très précoce, en faveur de la liberté d’expression, de la fluidité de l’expression, en participant à l’aventure des radios libres. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de mal à penser qu’il a fallu à une époque militer pour que les ondes bénéficient d’une certaine liberté, mais on sortait d’une époque où on imaginait en effet que seule la puissance publique pouvait décider ce qu’on entendrait et de quelle façon on l’entendrait. Ce sont des gens comme vous qui ont finalement déverrouillé le système.

Cette qualité d’engagement, vous l’avez également manifestée auprès d’un grand nombre d’élus au cœur de l’action de collectivités locales, à Lagny-sur-Marne, à Nogent-sur-Marne, à Lisieux, au cœur également de la région Centre, et plus particulièrement dans le département de l’Eure-et-Loir. Vous avez découvert le sens de l’action publique, le sens de l’engagement public. Quoi qu’on dise, c’est le résultat de l’expérience de ma vie, il n’y a pas une telle distance entre l’engagement social, l’engagement au sein d’une entreprise, et l’engagement au sein d’une collectivité publique, que ce soit la plus grande d’entre elle, l’État, ou la plus modeste, la commune.

Vous vous êtes d’ailleurs engagé dans la vie politique, à un moment donné comme candidat aux élections cantonales, dans le département du Val-de-Marne, et aux régionales en Île-de-France. Là aussi, c’est une très bonne chose. Dans notre pays nous avons trop institué les élus comme une sorte de classe politique. Je ne supporte pas qu’on parle des politiques comme si les élus étaient une catégorie particulière. Il serait bon que, de façon extrêmement fluide, chacun d’entre nous exerce à un moment donné un mandat électif, et revienne ensuite de la façon la plus naturelle à ses affaires, ou fasse l’inverse.

Cet engagement, vous l’avez également manifesté en 2005 en participant à la demande de Philippe Salle à la création de l’institut Vedior pour la diversité et l’égalité des chances, qui est désormais l’Institut Randstad. Encore une nouvelle initiative, une nouvelle marque d’engagement : la création en 2008 de l’institut Geoservices pour l’éducation et l’environnement. Cette activité vous amène à déployer votre action, à travers celle de l’institut, du Brésil à l’Indonésie. Aujourd’hui, cet engagement prend une forme extrêmement pertinente au service de la fondation Altran pour l’innovation.

J’évoquais par ailleurs votre qualité d’exigence. Vous êtes en effet, Frédéric, exigeant. Votre engagement n’est pas une chimère, ce n’est pas une rêverie. Même s’il comporte une part de rêve importante, cet engagement repose, qu’il soit professionnel ou sociétal, sur un sens très aigu du devoir à accomplir et sur un désir forcené d’excellence. Il n’y a aucune facilité dans cet engagement. Tout y est exigence. Vous ne faites rien, chacun le sait ici, à moitié. Vous ne faites rien négligemment, vous ne faites rien sans conviction, rien sans ferveur et sans ardeur.

Cette exigence, vous savez également la partager, car c’est une terrible chose que d’être exigeant dans un océan de négligence, et donc il faut faire partager son exigence. Cette exigence, vous savez la communiquer. Vous savez être sur tous les fronts à la fois. Il est vrai que les moyens contemporains de la communication moderne amplifient votre capacité à déployer tous les effets de cette exigence : le téléphone dont vous êtes un adepte très assidu, Internet, les réseaux sociaux, tous les canaux de communication. Je dois vous dire que ça me donne le plaisir de lire vos blogs avec beaucoup d’intérêt. Vous savez que de mon côté, il m’est arrivé dans ma vie d’être également blogomaniaque. Et donc entre blogomaniaques, on se reconnait. Mais c’est là aussi une bonne chose que d’exprimer une pensée, parce que c’est en écrivant une pensée, en l’exprimant qu’on la structure, qu’on la confronte également au réel et au jugement critique de ceux auxquels on l’expose.

Je l’ai dit également, vous êtes conquérant. Naturellement, certains imaginent que l’esprit de conquête est un esprit fâcheux, qui manifesterait une ivresse un peu vaniteuse du pouvoir, une relation superficielle, une attitude qui ne viserait qu’à la gloire, ou pire encore, à la gloriole. Mais il n’en est rien pour ce qui vous concerne. Si vous aimez conquérir, c’est parce que vous aimez gagner. Si vous aimez gagner, c’est que vous aimez faire gagner les autres. Vous êtes de ceux en effet qui aiment que les choses avancent, que rien ne recule, que tout soit toujours meilleur. Vous faites partie finalement de ces optimistes qui savent qu’il nous appartient de faire en sorte que demain soit meilleur qu’aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui est meilleur qu’hier.

C’est d’ailleurs le ressort de la mobilité de votre engagement public et professionnel. Vous êtes passé de l’action publique à l’entreprise. Vous avez été à l’aise dans le domaine des ressources humaines, et avez, au titre de vos activités professionnelles, été plongé dans le vaste univers du pétrole, dans celui non moins vaste de la pharmacie, et aujourd’hui dans celui, excellent, du conseil en innovation. Vous aimez à la fois agir, et réfléchir, en témoigne d’ailleurs votre activité d’enseignant. Là aussi, je reviens sur l’énergie et le talent avec lesquels vous alimentez votre blog.

C’est au titre de toutes ces activités qu’il vous est souvent arrivé d’être distingué par vos pairs, vos collaborateurs, vos patrons et vos amis. Je rappelle qu’en 2009, vous avez bénéficié du European Excellence Award, une distinction extrêmement appréciée, parce qu’elle couronne l’excellence dans le domaine de la communication. S’agissant de couronner, c’est aujourd’hui la République française, tout simplement, qui vous distingue en vous appelant au grade d’officier de l’ordre national du Mérite.

Au XVIe, au XVIIe siècle, et d’ailleurs à la fin du Moyen Âge, un vaste débat a animé la pensée européenne, la pensée philosophique et également la pensée religieuse, à savoir ce qui dans la conquête du salut était le plus déterminant ; si c’était la grâce, le don gracieux de la foi, ou les œuvres, et donc le mérite que chaque fidèle pouvait acquérir. Ce débat a divisé profondément la conscience européenne. Les catholiques ont penché pour les œuvres, les protestants, je simplifie, pour la grâce. Ensuite, le jansénisme est revenu en France à l’affirmation assez radicale du rôle suffisant de la grâce. Finalement, je me disais en venant ici ce soir, à Neuilly, pour vous retrouver, que votre existence avait réconcilié ce débat (rires dans l’assemblée) puisque vous avez reçu la grâce qui forme le ressort de votre tempérament, de votre caractère, de votre personnalité. Tous ces dons, vous les avez reçus et vous les avez fait fructifier.

Frédéric Fougerat et Jean-Jacques Aillagon

Vous voyez, je vous fais quasiment un sermon maintenant. (Rires) Mes amis, je tiens à vous dire une chose. Autant le président a la réputation d’être bref en discours, autant moi, j’ai un défaut contraire : on ne m’arrête plus. Là, j’ai trouvé un très très bon filon sur lequel je suis assez au point. Je peux donc vous tenir un bout de temps. Je reviens à Frédéric.

Votre vie réconcilie finalement la grâce et le mérite. Vous avez reçu beaucoup de dons que vous avez partagés, mais beaucoup de mérites sont attachés à votre vie, et vous valent aujourd’hui cette distinction que la République, que le président de la République vous confère. C’est la raison pour laquelle je suis tout particulièrement heureux de vous remettre ces insignes. Frédéric Fougerat, au nom du président de la République, je vous fais officier de l’ordre national du Mérite. (Applaudissements).

Jean-Jacques Aillagon

Extraits des discours